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Entreprise: Personne pour prendre le relais

24/03/14

“Il ne faut pas croire que toutes les entreprises à remettre sont vieillottes et démodées”, renchérit Aurélie Tahir, agent relais transmission de l’UCM sur la province de Namur.

La création d’entreprise a un petit quelque chose d’exaltant, d’original et de frais. A l’inverse, il y a trop souvent dans le concept de reprise – ou de transmission, selon le côté où l’on se place, repreneur ou cédant – un aspect plus conventionnel, bien-pensant. Et moins grisant. Comme quand on évoque “nouvelle économie” et “économie de papa”.

“C’est une erreur de penser cela”, s’insurge Jonathan Lesceux, conseiller au service d’études de l’UCM, l’Union des classes moyennes, qui a organisé enquêtes et tables rondes sur ce sujet qu’elle qualifie de “défi”. “Oui, créer c’est porter son projet, pas celui de quelqu’un d’autre, dit-il. Oui, reprendre, c’est moins personnel. Mais on peut également y imprimer sa marque, y mettre sa touche.”

“Il ne faut pas croire que toutes les entreprises à remettre sont vieillottes et démodées”, renchérit Aurélie Tahir, agent relais transmission de l’UCM sur la province de Namur; un rôle d’accompagnement qu’elle pratique sur le terrain auprès de candidats cédants comme de candidats repreneurs. Selon elle, cela ne tient pas non plus à un secteur d’activité. “Si handicap il y a, il tient à la rentabilité, la structuration et la taille. Que vaut un portefeuille clients s’il ne repose que sur une personne, qu’elle soit électricien, dentiste ou architecte ? Perdre la personne, c’est perdre la plus-value. Trop souvent également, la structure n’est pas formalisée, les tâches pas réparties ou déléguées, les rôles pas définis; le gérant s’occupe de tout, et quand il n’est pas là…”

“S’il y a plus de créations que de reprises, c’est aussi parce que c’est moins cher”, ajoute Aurélie Tahir. Il faut en effet compter sur quelque 30 000 euros en moyenne pour démarrer contre souvent plus de 100 000 euros pour reprendre. Ceci, alors que les banques sont plus frileuses et plus exigeantes (en fonds propres ou en garanties). Et que les aides et autres primes sont plus conséquentes en matière de création.

Or, reprendre, c’est soutenir la croissance. Plus encore que créer ! “Il faut plusieurs générations pour développer une entreprise, confirme Jonathan Lesceux. En moyenne, celles qui ont été reprises ont une taille supérieure à celles créées de toutes pièces. Et leur taux de survie est plus important. Pour la pérennité, il vaut donc mieux reprendre que créer.”

“Cette phase de transmission est stratégique pour le maintien du tissu économique existant et de l’emploi, ajoute sa collègue. Mais également pour pérenniser un savoir-faire, une expertise, une clientèle. Il est par ailleurs important que le marché de la transmission fonctionne pour que les entrepreneurs continuent à investir dans leur entreprise sachant que les investissements seront amortis par quelqu’un d’autre. Mais aussi pour qu’ils soient rémunérés en fin de parcours.”

Mais voilà, trop souvent, ils n’y croient pas ou ont du mal à se projeter dans l’après et à abandonner leur “bébé”. Même à leur(s) propres(s) enfant(s). “C’est souvent le cas de sociétés présentant une moindre rentabilité, confirme-elle. Les parents ne souhaitent pas que leurs enfants s’y aventurent. A moins que ce soit les enfants qui, ayant baigné toute leur jeunesse dans des discussions parfois difficiles, préfèrent faire autre chose.” Lancer leur propre affaire ou… être employés, fonctionnaires. “C’est une des grandes surprises de notre dernière enquête : le faible taux de répondants qui envisagent de transmettre leur entreprise à leurs enfants; 12 % seulement contre 52,2 % qui la vendraient à des tiers, ajoute Jonathan Lesceux. Un constat navrant.”

Si le nombre d’entreprises reprises est faible, c’est aussi que les candidats cédants s’y prennent trop tard pour arriver à des résultats convaincants. Selon cette même enquête de l’UCM réalisée en mai-juin 2013 et basée sur un échantillon représentatif de 785 entrepreneurs francophones (wallons et bruxellois), 61 % des entrepreneurs qui envisagent la cession de leur entreprise dans les deux ans n’ont pas de repreneur en vue. “Il ne faut pas sous-estimer le facteur temps”, insiste Jonathan Lesceux. “Notre rôle est précisément de les sensibiliser suffisamment tôt, ajoute Aurélie Tahir. Une transmission exige en moyenne 3 ans à partir du moment où on entame une valorisation (ce qui est loin d’être simple) et où on communique. Il faut trouver un expert-comptable, voir comment rendre l’entreprise… sexy, faire un organigramme et définir les tâches de chacun si cela n’a pas été fait, rédiger les conventions, trouver un repreneur – et le bon, qui rassure. Le pire de tout, c’est quand des candidats cédants viennent tard, avec des problèmes de santé ou alors cassés. Et transmettre une société dans l’urgence, il n’y a rien de pire.”

A ce manque de préparation s’ajoute une insuffisance de moyens. “La moitié des entrepreneurs interrogés jugent mettre moins de 5000 euros pour préparer une transmission dont ils évaluent le prix entre 150000 et 200000 euros, s’inquiète Jonathan Lesceux. Largement insuffisant pour se faire correctement conseiller par des réviseurs, avocats, fiscalistes…”

Il n’en fallait pas plus pour que l’Union des classes moyennes, en collaboration avec des candidats cédants, mette au point une série de recommandations afin de stimuler les reprises et transmissions. Ce qu’elle a fait tout récemment, en s’intéressant plus particulièrement aux très petites entreprises (TPE).

Pour encourager les chefs de TPE à s’y prendre suffisamment tôt, elle propose de mettre en place un incitant fiscal de 2 500 euros pour ceux qui s’en occuperait entre 60 et 70 ans (avant 60 ans, la taxation sur la remise d’un fonds de commerce est trop lourde pour être compensée par une prime, quelle qu’elle soit, NdlR).

Autre recommandation : ne pas se satisfaire sur seul bouche-à-oreille et développer des plateformes électroniques de mise en relation cédants-repreneurs qui en feraient plus que les actuels Sowacces (en Wallonie) et Brutrade (à Bruxelles). “Elles ne répertorient que quelque 500 offres potentielles sur 10 000 reprises par an, c’est insuffisant, convient Jonathan Lesceux. Il faut également que ces plateformes soient sécurisées, pour que les véritables candidats s’y renseignent, pas les concurrents. Voire labellisée pour que les repreneurs aient confiance.”

L’UCM recommande aussi le renforcement des programmes de mentorat, ou de médiation. “Il ne faut abandonner ni le cédant, ni le repreneur, poursuit-il. Le premier parce que passer le flambeau reste difficile, émotionnellement parlant; le second parce que les premières années restent critiques, même si taux de réussite à 5 ans est supérieur à celui des starters ordinaires.”

Enfin, elle préconise une réduction des charges sociales sur l’emploi pour les trois premières années qui suivent la transmission. “Ceci afin d’atténuer le choc de la reprise, donner une bulle d’oxygène”, indique l’expert. Et peut-être, dans la foulée, remettre plus d’égalité entre reprise de société et création.

 

Source : Lalibre.be - Charlotte Mikolajczak, publié le dimanche 23 mars 2014

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