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"Les avocats doivent ‘vendre’ leurs valeurs"

10/03/14

La marchandisation menace le métier, mais un colloque montre que rien n’est perdu.

Le Centre Perelman de philosophie du droit (ULB) a ouvert récemment un cycle de conférences consacrées à la mutation du métier d’avocat (LLB du 3 février). Par ailleurs, il y a quelques jours, à l’initiative de Me Yves Godfroid, le barreau de Liège a organisé, sous l’égide des Ordres des barreaux belges, un colloque également tourné vers l’avenir de la profession et surtout destiné aux avocats qui exercent dans les cabinets de petite et moyenne taille. C’est dire si le sujet intéresse et préoccupe à la fois ceux qui la pratiquent au quotidien.

A cette occasion, le bâtonnier liégeois André Renette a insisté sur l’importance pour les avocats de faire respecter et connaître les valeurs du métier alors que les principes fondamentaux de celui-ci sont remis en cause.

Selon lui (et selon d’autres intervenants au colloque), sous le poids de la globalisation et l’effet d’avancées technologiques déjà à l’œuvre, on pourrait voir apparaître une rupture de solidarité préjudiciable à la profession entre d’une part "l’avocat des pauvres" qui plaiderait, au tribunal, pour le compte de la veuve, du petit voyou ou des divorcés, en s’arc-boutant sur sa déontologie et son indépendance et, d’autre part, un avocat qui ne fréquenterait aucun juge et travaillerait pour des fournisseurs de services juridiques en pratiquant une déontologie "soft" pour lutter contre la concurrence d’autres opérateurs économiques, prestataires de services juridiques qui ne sont pas avocats.

Le pouvoir d’eBay

Me Renette relève quelques exemples d’une "marchandisation" galopante de la pratique du droit. Il cite la mise en œuvre, au Canada, d’un logiciel répertoriant toutes les bases de données se rapportant à des décisions de justice et définissant, pour chaque dossier, les chances de gagner un procès. Il relève aussi que le plus grand palais de justice du monde est désormais le site eBay qui "règle" soixante millions de litiges, certes de peu d’importance, par an.

L’enjeu, relève le bâtonnier de Liège, tient à la définition du périmètre du noyau dur de la profession d’avocat. Un noyau dur qu’il s’agirait de maintenir hors d’atteinte des coups de boutoir du droit de la concurrence. Un noyau dur au sein duquel s’exprimeraient la déontologie de l’avocat et son indépendance, toutes les valeurs liées au secret professionnel, à la relation de confidentialité avec son client.

Désintéressement

Valeurs que menacerait l’invasion d’un marché exclusivement libéral avec toute la charge de cynisme qu’il suppose.

"Il y va de la survie de la notion de désintéressement", explique Me Renette. "L’avocat a pour mission d’offrir à son client la possibilité d’une solution rapide et simple et non de faire traîner son dossier en longueur dans une perspective de profit. Il doit faire passer l’intérêt de son client avant le sien propre. Si la vision ultralibérale du métier l’emporte, on entrera dans une logique de profit."

En vérité, deux approches s’affrontent, poursuit en substance Me Renette : veut-on des avocats acteurs de la justice, s’inscrivant dans la logique du service public qu’elle est censée assurer au justiciable ou des avocats délivrant, en les marchandant, des conseils juridiques à des entités économiques très éloignées par leur taille, leur puissance, leurs structures du citoyen lambda ?

Me Renette constate que les informations relatives au droit sont désormais abondamment disponibles sur Internet. L’enjeu n’est donc plus d’informer le client mais bien d’interpréter pour lui l’information en question et d’évaluer son adéquation avec ses besoins.

Cette tâche restera-t-elle celle de l’avocat ou sera-t-elle dévolue à d’autres opérateurs juridiques ayant un large accès aux moyens informatiques et aux nouvelles technologies ?

Probité, indépendance, délicatesse

La question est d’importance mais, selon Me Renette, elle n’est pas encore tranchée. "Les barreaux devront se montrer de plus en plus performants, les avocats de plus en plus spécialisés, ils devront certes investir dans les nouvelles technologiques mais aussi mettre en avant ce qui fait leur spécifité. Autrement dit, promouvoir les valeurs du métier, l’indépendance garantie par la cour de justice de l’Union européenne, la respectabilité, l’humanité, la délicatesse, la dignité, la déontologie, la probité, l’esprit de solidarité, toutes choses qui ont trait au lien social et qui, ainsi, fondent le rôle et la fonction de l’avocat dans une société démocratique".

Ce que le colloque a montré, c’est qu’on était en face d’un choix de société. Veut-on sauvegarder un modèle qui continue à protéger le plus faible, à offrir un service soucieux de l’ensemble des citoyens ou admet-on que triomphe une "loi du plus fort" qui condamne l’accès de la justice à la classe moyenne ?

"La marchandisation du droit sous la pression de la technologie fera immanquablement perdre des parts de marché aux avocats "traditionnels" mais ceux-ci survivront au prix d’un service de qualité fondé sur une formation permanente et d’une défense farouche des valeurs qui balisent leur mission", affirme Me Renette qui espère, en outre, au nom de ces mêmes valeurs, que les autorités publiques continueront à investir dans le service public de la justice, en résistant aux sirènes de la privatisation.

 

Source : Lalibre.be - Matgen Jean-Claude, publié le dimanche 09 mars 2014

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